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19-01-2026 : catégorie humain étiquetée théorie, règnes, vie

« Plus on sait...
moins on sait ! »

À suivre l'actualité scientifique on peut s'apercevoir que les connaissances évoluent vers de plus en plus de besoin de connaître... Nos recherches nous mènent constamment vers toujours plus de questions qui lentement nous montrent un monde ... vide, sans densité, voire sans réalité "physique" !

Par exemple, pour notre époque, tout devient juste information. Pour un phénomène donné la moindre relation qu'on établit avec l'électricité nous met face à une sorte de double mystère dont nous croyions déjà détenir le fondement... Mais non, ce fondement est vite remis en cause par un détail ou un autre. Non seulement le phénomène lui-même nous interroge, mais, en outre, nous nous interrogeons derechef sur la nature de l'électricité...

« En théorie... »

Ce faisant, des théories naissent qui en affaiblissent d'autres ou les infirment ou encore les renforcent, les stimulent. Cela nous oblige à tout repenser de ce que l'on croyait ; car il s'agit bien de « croyance » quand on parle de théorie.

Étymologiquement, la théorie est une façon de voir. Ce n'est pas un savoir et encore moins une connaissance ; c'est une croyance mise en verbe à propos d'un phénomène. Ce n'est ni le phénomène, ni "la réalité". C'est juste là où l'on en est de ce qu'on peut dire du phénomène. La science est aujourd'hui objective là-dessus.

Le fond du phénomène est descriptible, mais seulement avec des mots, fussent-ils des équations mathématiques. Et, surtout, cette description est totalement dépendante de la limite des instruments, de la façon dont ils sont conçus, de ce qu'ils objectivent (tension, pression, poids, etc.).

La relativité par exemple est ... théorique. Voyons juste cela de manière très pragmatique sans même penser à E = m.c²... Si je suis en mouvement je peux avoir malgré tout l'impression que le monde va à contresens ; pensons ne serait-ce qu'au démarrage lent des trains en gare : est-ce notre train ou celui d'à côté qui démarre ? that's the question comme a dit Hamlet.

différentes traductions de to be or not to be
Issue du site "langues de feu" (les traducteurs et l'esprit des langues. Tours de Babel et glossolalies) sous hypotheses.org (lien par l'image)

Avec la traduction aussi nous voyons très bien que tout est relatif. Un auteur pense, il cristallise sa pensée en mots et déjà il fige quelque chose de beaucoup plus grand, il ne dit pas tout. Ce faisant il confie une pensée, forte ou fragile, à son lecteur. Déjà, ne serait-ce que s'il parle de vive voix de cette pensée, avec les mêmes mots employés, l'auditeur ne sentira plus autant la relativité du propos, mais sa réalité ou son ambigüité. Le ton, le regard, les réactions corporelles, l'être tout entier de celui qui parle (pas seulement son corps) ajoutent aux mots tout un monde expressif que l'équation typographiée ne rend pas du tout.

Dans la relation d'être à être, les deux sortent de la théorie sémantique, pour tendre à la réalité verbale.

Une pensée, c'est quoi ? Physiquement (matériellement) parlant, ce n'est rien, mais quand on prend conscience de ce qu'elle peut entraîner pour une vie par exemple, alors ce rien matériel peut prendre une ampleur colossale allant de la destruction plus ou moins complète à la libération totale !

La théorie cristallise quelque chose : « Tout est information. » ou « Le temps n'existe pas. » ou la magnifique équation d'Euler « e = 1. ». Ce ne sont que des conclusions, des sortes de slogans, cela n'est jamais la réalité.

Mon épouse s'amuse beaucoup à me voir réagir quand j'entends

  • que le magenta n'existe pas (pourtant on le voit, on l'étale, on le prête même à l'amour avec le ou la rose),
  • que l'homme est un animal (je reconnais que c'est souvent vrai qu'il l'est même plus de la femme),
  • que les arbres communiquent,
  • que ...

et que j'entre en discours, la lassant avec mes conférences (selon son expression... mais je l'adore). Elle me dit que de tout ça on s'en fiche, que ce n'est pas la chose importante et qu'au lieu de se battre pour cela, on ferait mieux de cultiver le ressenti, le sentiment que c'est cela qui relie les humains, les font vivre, grandir et évoluer pas le magenta et encore moins l'animalité (et c'est aussi vrai que les arbres, comme tout le vivant d'ailleurs, sont en relation (pas forcément "en communication").

nuées de petits nuages blancs sur fond bleu

Du vent !

Force m'est de reconnaître qu'en théorie elle a raison... que notre monde ne devient que parlotte sans pensée, qu'il devient creux, vide d'âme, oppressant, asphyxiant : obscur et froid. Toutes les théories ne façonnent le monde sous presqu'un seul aspect, elles justifient l'évolution économiques, c'est-à-dire, la puissance des riches et la misère de ceux qui triment pour gagner de quoi manger, s'habiller, habiter, s'assurer, consommer, etc. etc., etout ce qui retourne en flot noir et putride pour alimenter les riches. Aucune théorie n'a encore changé la vie d'un être sans que celui-ci se la donne au moins pour vraie à lui-même.

En fait, plus on en sait du monde extérieur, moins on en sait sur nous. Où serait donc notre plus grand intérêt ?...

Je reprends souvent cette phrase d'un certain Professeur Pierre Cornillot dont la littérature se fait rarement l'écho bien qu'il fut reconnu par nombre de ses pairs et fondateur de la Faculté de Médecine de Bobigny dont il fut de surcroit le doyen pendant de longues années :

« La médecine a fait des progrès considérables, elle connaît très profondément la matière vivante, mais elle ne sait toujours rien sur la vie. »

Pierre Cornillot, Conférence 1999 (d'après mes notes) reprenant sans doute Michel Henri dans La Barbarie.

Nous sommes coincés, si j'ose dire, entre la fascination pour la matière et le postulat qu'il n'y a qu'elle pour régir le monde... C'est ce à quoi est arrivé la société occidentale en faisant table rase des sorciers·ères, les chamans voire l'idée de divinité, et même, oui, même, des herboristes ! J'aurais trop à dire sur la Vie pour un article de blog [et je veux bien partager un texte sur le sujet avec un·e (re)lecteur·trice consciencieux·se qui se présenterait à moi]. P. Cornillot avait raison. C'était une des (rares) éminences qui était ouverte à autres choses qu'au dogme relativement prétentieux de la médecine purement allopathique. Il a laissé des places honorables à l'homéopathie, à l'ostéopathie et aux médecines naturelles en général.

La Vie, la grande oubliée de la science

J'ai envie de demander un peu bêtement je l'avoue : que serions-nous sans la vie ? La réponse est simple : nous serions des pierres. Avec la vie, nous nous inscrivons dans le monde très limité pour ne pas dire sélecte des règnes du vivant (végétaux, animaux, mycètes, et autres archées, protistes, bactéries, microbes, virus, etc, les classifications s'en donnent à coeur joie pour étiquetter tout le vivant, mais comme dit (presque) Cornillot : on palabre sur tout l'inerte, mais sans jamais s'interroger sur la vie.

Parmi tout ce petit monde vivant, certaines espèces ont une sensibilité doublée d'une mobilité qui leur facilitent bien... la vie, d'autres n'ont que des capacités métaboliques, d'autres encore des propensions à s'incruster plus ou moins violemment dans des êtres qui ne leur ont rien demandé.

Parmi tout le vivant, une seule espèce possède en plus une riche capacité intérieure qui lui permet de développer de nombreuses aptitudes, voire des outils pour étendre la faiblesse de ses moyens. Malgré toutes ses spécificités, on ne la reconnait pas, cette espèce, comme un règne à part, ou, maintenant qu'"on sait" on ne la reconnait plus, on se refuse à la reconnaître comme tel... c'est juste un animal avec des particularités non présentes ailleurs.

Pourtant ceux qui parlent de ça, ceux qui ont décidé ça au nom de tous les ignares que nous sommes, ceux-là aussi sont des humains au même titre que les tyrans et les Saints, au même titre que les bergers qui voient les deux côtés de l'arbre comme le dit si joliement Jean Giono dans Le Serpent d'Étoiles, au même titre que ceux qui sont toujours malades ou bien portants, au même titre que ceux qui exploitent ou ceux qui sont exploités, que ceux qui salissent et que ceux qui respectent, que ceux qui dominent comme ceux qui sont dmoninés, etc. etc.. Ils sont humains au même titre que vous et moi qui sommes capables de suivre d'autres schémas de penser (oui, à l'infinitif).

En théorie, nous sommes animaux, comme le sont les animaux, même des mammifères omnivores... on ne creuse pas notre bilogie pour dire ça, on regarde juste le corps. Et oui, on ne regarde pas tout pour conclure que l'humain est un animal (c'est sûr même qu'il est le plsu "bête" de tout le créé. Pour une raison sans doute stupide, on se refuse à pas voir ce qui pourtant nous titille en permanence. En nous accetant pas comme humain n'est-ce pas un déni de responsabilité dans le devenir de la planète ? C'est comme ça, on a peur de grandir, de devenir, d'évoluer vers des sphères qu'on nie, parce qu'on a peur d'une changement un peu perturbant. Et le plus bête dans cette histoire d'animalité, c'est qu'on n'a pas peur de la planète qui gémit sous nos pas autoritaires, tyraniques, dogmatiques. C'est ça aussi l'humain, s'il s'accepte comme non-animal, des défauts, des fantasmes, des rêves, de la pub, du vent !!!

Je pense que mon épouse a raison... On s'interroge beaucoup trop sur les choses triviales, bénignes, non essentielles. On se couvre les yeux pour ne pas voir l'évidence !

Là où nous sommes pleinement c'est au niveau du coeur, le reste n'a pas son importance à lui, nous ne somme pas humain par le cerveau comme on essaie de nous l'affirmer subliminalement à longueur de médias.

Avant de donner la parole à VHugo, permettez-moi de poser une double question pour finir ce billet : N'existerait-il pas un milieu humain à côté du milieu physique ?
On ignore déjà le milieu vivant... alors que dire aussi de la possibilité d'un milieu psychique et d'un milieu spirituel pour encadrer le milieu humain ?

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent…
 
 
Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front,
Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime,
Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime,
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
C’est le prophète saint prosterné devant l’arche,
C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche ;
Ceux dont le cœur est bon, ceux dont les jours sont pleins,
Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.
Car de son vague ennui le néant les enivre,
Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre.
Inutiles, épars, ils traînent ici-bas
Le sombre accablement d’être en ne pensant pas.
Ils s’appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule.
Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule,
Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,
N’a jamais de figure et n’a jamais de nom ;
Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,
Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,
Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,
Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus.
Ils sont les passants froids, sans but, sans nœud, sans âge ;
Le bas du genre humain qui s’écroule en nuage ;
Ceux qu’on ne connaît pas, ceux qu’on ne compte pas,
Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas.
L’ombre obscure autour d’eux se prolonge et recule ;
Ils n’ont du plein midi qu’un lointain crépuscule,
Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit,
Ils errent près du bord sinistre de la nuit.
Quoi, ne point aimer ! suivre une morne carrière,
Sans un songe en avant, sans un deuil en arrière !
Quoi ! marcher devant soi sans savoir où l’on va !
Rire de Jupiter sans croire à Jéhova !
Regarder sans respect l’astre, la fleur, la femme !
Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l’âme !
Pour de vains résultats faire de vains efforts !
N’attendre rien d’en haut ! ciel ! oublier les morts !
Oh non, je ne suis point de ceux-là ! grands, prospères,
Fiers, puissants, ou cachés dans d’immondes repaires,
Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés ;
Et j’aimerais mieux être, ô fourmis des cités,
Tourbe, foule, hommes faux, cœurs morts, races déchues
Un arbre dans les bois qu’une âme en vos cohues !
 
Paris, décembre 1848. Victor Hugo, Les Châtiments.



NOTE(S)

Images non sourcées : (C) Patrick Roussel